Beyrouth 1 Novembre 2013

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8h, très tôt ; trop tôt pour cette ville.

Quelques pas, sur le trottoir pour étendre et redonner espoir à mon corps, couché trop tard.

Le soir s’étire souvent jusqu’aux premières lueurs, jusqu’aux premières douleurs.

Pas loin, plus loin sur le bitume, quelques fêtards éberlués se font contrôler à un barrage très fliqué… aux pieds d’immeubles mitraillés... la fête en remède contre la violence de ses voisins. Juste à côté, s’érigent des statuts des martyrs engagés, troués par les enragés.

 Frontière entre les nouveaux quartiers, opulents, gras et grands, larges et hauts, le nouveau Beyrouth s’installe là, avec balcon sur la mer, vue sur la marina, l’Occident et l’argent. Les yachts fricotent avec les belles italiennes carrossées de rouge. Les allemandes sportives s’étalent sous le porche d’un hall destiné à vendre le luxe français.

Je cours, j’accélère pour ne pas trop regarder. Je veux voir le vrai, découvrir, arpenter les restes d’un temps dont je rêvais... je cherche désespérément les espaces verts. Juste un arbre, de-ci de-là, semble rappeler qu’un jour la nature existait là... je bifurque sur la corniche où malgré l’heure matinale, quelques joggeurs se croisent sans vie, sans signe, sans se voir. Point de salut. La chaleur fait souffrir les pores et inonde le corps de sueur. Je mouille le tee-shirt. Courir, c’est aussi souffrir de sa propre odeur. Je me cale au rythme des ouds palestiniens d’un trio masculin, tempo oriental pour battre la dalle de mes Nike. J’avance dans les ruelles désertées par les Beyrouthins.

 Maintenant le chemin se fait plus escarpé. Je grimpe, j’escalade les trottoirs pour éviter quelques papiers tombés en toute liberté des poubelles. J’aperçois quelques mosquées et quelques églises, un Pacs religieux qui a parfois mal tourné,  ils se sont pourtant aimés. La grande mosquée bleue fait de l’oeil à un grand clocher surélevé. Complexe de taille, bataille gémellaire. Je tourne pour visiter d’autres quartiers: stop. Interdit. t’es français, pas trop conseillé d’aller voir l’étranger, d’aller saluer mes congénères, mes frères. Ma peau n’est qu’une protection pour mon âme, mais pas une différence pour mon cœur.

Je prolonge, j’allonge le pas, la foulée s’agrandit pour faire durer le plaisir de souffrir. Le souffle se cale sur la tourne musicale… répétitive, Derviche coureur.

 L’esprit s’éloigne, battre la campagne sous les vapeurs des diesels citadins. Bientôt l’heure de rentrer, le corps se sent lui, là, vide et conscient. Plein d’émotions. Un jour je reviendrai pour aller voir plus loin, en paix, la terre battue ou pousse le Cèdre fier. Je rentre pour dormir sur mes illusions.

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